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14/06/2015

One of those days.

Le Roller Derby est un sport difficile et physique, mais on oublie parfois les enjeux mentaux de ce sport. Car ce n’est pas tout de donner des hits et de construire des stratégies: il y a une équipe en face. Qui en veut à peu près autant que la nôtre. Qui ont autant de stratégies que vous, et qui ont des joueuses qui hitent probablement au moins aussi dur que vous. Si les niveaux sontrelativement équivalent, ce qui fait la différence est en général le mental. Celles qui ne se laissent pas avoir par le stress, l’excitation, la colère, la frustration… Toute sorte d’émotions qu’on vit au jour le jour mais qui sont amplifiées fois mille sur le track avec l’adrénaline. Tu sais, celle qui fait que tu ne sens tes bleus qu’une fois le match terminé. On l’aime beaucoup l’adrénaline, mais des fois, tu te dis que merde elle ferait bien de fermer un peu sa gueule.

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Adrenaline, you can go to hell.

Tous les samedis chez les VRDL, nous avons scrimmage. Ca fait donc plusieurs fois que j’enchaîne avec plaisir 3h de scrimmage, 2h avec les Home Teams et une heure avec les Gold/Platinum. Ca doit faire environ 3 semaines que je fais ces scrimmages et que je me retrouves à jouer contre des joueuses d’un niveau autrement plus haut que ce que j’avais pu cotôyer jusque là. Et croyez-moi, ça fait la bite, si vous me permettez l’expression. Le niveau de jeu est incomparable. Depuis que je suis arrivée, je suis restée une joueuse polyvalente : jammeuse et bloqueuse, parce que c’est important de savoir faire les deux unminimum, que j’ai toujours été une jammeuse “de rechange”, bref j’avais un peu gardé les bonnes habitudes, même si jammer n’a jamais été ma grande passion. (sauf peut-être quand j’ai commencé et que je savais pas ce que ça pouvait signifier). Sauf que voilà, maintenant que le niveau est mille fois plus élevé, j’en chie à chaque minute de jeu. Je suis là pour ça, c’est le jeu ma pauvre Lucette, et je m’en plains pas. Sauf que. Mes émotions elles ne sont pas d’accord.

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C’est un sujet récurrent dans le derby, autant féminin que masculin, n’en déplaise à ces messieurs. Les émotions ne sont pas forcément les même mais elles sont là. (les mecs sont très forts en mauvaise foi et colère, les meufs ont plus tendance à se décourager - en général. Mais l’inverse existe aussi, bien évidemment.) Donc semaine dernière, pour une raison indépendante de ma volonté (aka personne ne voulait vraiment jammer), je me suis retrouvée à jammer contre des All Stars, aka Biceptual et Bianca Scarrietta entre autre. Je crois que les termes “moment de solitude” et “frustration” sont bien en dessous de la réalité de ce que j’ai pu vivre. Déjà, ces meufs sont impassables, même à deux, en tout cas à mon petit niveau. Mais comme je me laisse pas faire et que je continue, ma persévérance n’a même pas payé : j’ai fait des fautes à chacun de mes jams. TOUS. Sans exception ou presque. Quasiment à chaque fois c’était un cutting. Une horreur. La force intellectuelle que tu dois avoir dans ce genre de cas est folle, car tu te dois de ne jamais baisser les bras, pour ton équipe. Même si ce n’était qu’un entraînement, ça te met en situation de difficulté qu’un jour ou l’autre tu rencontreras lors d’un vrai match. Je suis naturellement une battante et je ne baisse jamais les bras. Par contre, c’est un combat psychologique de haut vol contre moi-même : quand je ne passe pas, je m’en veux. Ca m’énerve de ne pas être assez forte, assez agile assez je ne sais pas quoi qui fait que je peux passer. C’est pour cette exacte raison que je ne veux pas trop jammer et que je préfère bloquer : je suis moins mise face à mon pire ennemi, c’est-à-dre moi-même. Quelque soit notre niveau, j’imagine que c’est une situation dans laquelle on se retrouve toutes un jour: avoir cette petite voix en soi qui te dit “mais tu es trop nulle, tu n’y arriveras jamais”, “est-ce que vraiment tout ça en vaut la peine?”, “Mais que fous-je ici?”... etc etc. Que ce soit en bloqueuse, en jammeuse, en coach, en ref… Ce moment où tu es mise face à tes lacunes, face à tes difficultés, face à tes limites - et donc face à toi-même, finalement. Tout sport amène ce genre de limites, je l’ai déjà croisé en natation, en équitation, au Crossfit aussi… Au derby, ça ne m’était pas arrivé depuis très très longtemps - ou en tout cas pas à ce niveau.

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Je suis donc ressortie de là complètement découragée et en colère contre moi-même, et je me suis promise de ne plus jamais jammer (ou au moins pendant quelques mois) et de me concentrer sur mon rôle de bloqueuse, qui nécessite énormément de travail aussi, et qui reste de toute façon ma priorité. Je me retrouve régulièrement à ne pas trop savoir où me placer, faire des assist’ un peu aléatoires parce que je ne sais pas où viser, mes bloquages en arrières sont foireux, j’ai du mal à rester en place quand la jammeuse arrive pleine balle sur moi, j’ai du mal à anticiper les assist, etc etc. Car oui, quand tu joues dans une team de ce niveau, tu comprends plus que jamais que chacun de tes mouvements compte : ton positionnement sur le track, comment tu recycles, où tu recycles, comment tu te places en départ de jam, comment tu bloques, etc etc. Une quantité folle d’informations à ingurgiter qui font que mon cerveau fume à chaque situation de jeu.

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Hier, j’étais donc bien décidée à me concentrer sur mon jeu de bloqueuse. Ca commence mal, je suis complètement perdue sur le track, et j’en viens même à gêner mes propres coéquipières. Une horreur. Mais je ne lâche pas, en me disant que je suis juste pas assez réveillée et que ça va venir en jouant. Sauf que ça ne vient pas vraiment. Je reste le maillon faible de l’équipe, les assist sont faits une fois sur deux sur moi, les jammeuses me visent moi parce que je n’encaisse pas assez les hits et je laisse donc des petits trous suffisant pour qu’elles passent, bref, le calvaire. Et je me démène pour m’améliorer, et j’insiste, et je n’y arrive pas. Une espèce de cercle de l’enfer où mon impuissance est évidente. A la fin du premier scrimmage, Screw Barrymore trop gentille me donne quelques conseils et me montre 2-3 tricks à bosser. Je me dis que ça sera mon challenge pour le 2e scrimmage. Sauf que encore une fois, je n’arrive à rien mettre en place. RIEN. Pas une seule fois. Et vient le moment où tout le monde a déjà jammé une fois et où tout le monde étant plutôt crevé, il faut donc que j’aille jammer. J’y vais le couteau entre les dents en me disant “allez, tu peux le faire”. Puis je vois que dans le mur en face il y a Biceptual et Bianca. La boule dans le ventre commence à monter, mais je me dis “Aller, tu peux le faire. Au pire tu passes l’étoile”. J’enclenche le mode Survivor, et le jam commence. Je me bats je hits je pousse, je fais tout ce que je peux, tout ce qu’on m’a appris, mais ça ne passe pas. Et j’ai l’impression que ça dure des heures. Et je me fais sortir et recycler, et je tombe, et je m’énerve, et je lâche un énorme “PUTAIN” quand je me fais dégager violemment par Biceptual. Pas que je lui en veuille (et je regrette d’avoir gueulé comme ça, honnêtement, c’est pas acceptable), c’est le jeu ma pauvre lucette, mais c’est juste que bordel J’Y ARRIVE PAS.

 

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Quand je pars jammer...

Et puis d’un coup je vois la pivot placée parfaitement pour un passage d’étoile, parfait, je lui tends le couvre-casque, et pile à ce moment, je me fais sortir. Ca dure 2 secondes, je sens ma roue passer la ligne, quasiment au moment où je passe l’étoile, “twit”, illegal procedure, allez hop, prison. Et là, toute la frustration et la colère remontent d’un coup. Les larmes montent, je contrôle plus rien, ma respiration se coupe, je peux plus respirer, et me voilà en complète crise de panique sur ma chaise en prison avec une respiration sifflante vu que ma gorge est complètement serrée.

 

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Niveau discrétion, on repassera. La bench Dayna Might vient me demander si ça va, si j’ai besoin de ventoline, etc. Même pas meuf, je suis juste une vieille merde là tout de suite. J’essaie de me calmer comme je peux, la fin de la pénalité arrive, je repars, et hop je me fais redégager, heureusement la fin de jam est sifflée. Je retourne sur mon banc dépitée et en pleurs. Mes coéquipières me demandent si ça va, je réponds vaguement, concentrée à contrôler cette espèce de vomi d’émotions qui est remonté d’un seul coup de je sais pas où. Je m’aligne sur le prochain jam mais Tui gentille me conseille de me reposer encore un jam. Je finis le scrimmage comme je peux, je me calme doucement et je ne jamme plus au moins pour ce scrimmage là. Tout le monde a un mot gentil pour moi, essaie de me réconforter, et je me sens nulle d’avoir fait ma drama queen comme ça. J’ai rejammé au scrimmage Gold Plats histoire de ne pas rester sur une mauvaise impression (un peu comme quand tu tombes de cheval, il faut tout de suite remonter en selle), et ça s’est bien passé. Le scrimmage Gold/Plats m’a permise de me rassurer et de ne pas rester sur une impression négative.

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Hier était un de ces jours où ça ne va juste pas. “One of those days”. Mais en général c’est quand on touche le fond qu’on arrive à remonter, j’espère qu’hier c’était le fond. Quoiqu’il en soit, je ne lâche pas pour autant. Je vais effectivement plus me concentrer sur mes bloquages mais je reste persuadée qu’il faut jammer de temps à autre, je le ferai donc… Mais moins qu’avant. Il faut que j’arrive à trouver une certaine “sérénité” de jeu. Quand tu joues avec les All Stars, tu te rends compte qu’elles sont toujours calmes dans leurs gestes, dans leur jeu, et ça change tout. L ‘enjeu psychologique passe principalement par là : garder son calme en toute circonstance, même si on n’y arrive pas. Les émotions ne nous font faire que des erreurs, des fautes, et nuisent à la qualité du jeu. Et puis aussi, les émotions sont transmissibles: si une joueuse s’énerve, en général ça se transmets aux autres… Et c’est l’équipe entière qui en pâtit.

 

Moral de l'histoire malgré tout: ne pas baisser les bras et que craquer, ça arrive. Mais faut pas que ça arrive trop souvent quand même.

Bref, encore autre chose à bosser et à rajouter à la liste longue comme mon bras d’objectifs de jeu.

 

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